Sauver le Musée de l'orgue !
Ses propriétaires ont mis la clé sous le paillasson depuis plus d’un an.
Le député Bernard Ide (Ecolo) mène une croisade pour sauver ses collections.
FRANÇOIS ROBERTC'est dans l'indifférence et dans la plus grande discrétion que le Musée de l'orgue Ghijssels a fermé ses portes voici un an, rue Waelhem, à Schaerbeek. Ses animateurs et propriétaires, Jozef et Jeanine Ghijssels, ont mis la clé sous le paillasson sans rien dire à per-sonne. Mais, pour le patrimoine cul-turel bruxellois, la perte est évidente.
Ce musée privé était un magnifique témoignage d'un temps passé, fait de kermesses populaires et de foires aux boudins. Bernard Ide, député écolo bruxellois, a décidé de se battre pour maintenir en vie ce pan de culture populaire.
Il ne s'agit pas ici d'orgues d'église. Ce musée ne contient que des instruments populaires, des orgues de foire, de danse, de rue, de Barbarie et même des boîtes à musique. Bref, tous ces instruments qui faisaient les délices de nos aïeuls, du temps du phonographe et même d'avant. Témoin d'une époque où, chaque dimanche, dans chaque village brabançon, les drapeaux tricolores pavoisaient les façades des petites maisons de briques. Témoin de ces temps où les salles de danse accueillaient les couples guindés en habit de fête.
Le musée doit tout à la famille Ghijssels. Il y a bien longtemps, elle exploitait une scierie à Hal, dans le Brabant flamand. Dès 1903, un orgue gigantesque occupa le fond d'un hangar-remise transformé en salle de danse les grands jours de fête. Durant ces journées de kermesse, c'était la grande mobilisation dans la famille Ghijssels. Et pour le petit Jozef, ce fut une découverte qui allait façonner sa vie.
Menuisier ébéniste, il va se mettre à collectionner les orgues et les remettre en état. Sa passion sera vite partagée par son épouse, Jeannine. Depuis 1974, le musée qu'ils ont créé à la rue Walhem (numéro 104) abrite l'une des plus extraordinaires collections qui soient. Il tient en deux salles (deux hangars aménagés comme deux salles de danse d'autrefois) où s'entassent par dizaines les orgues de Jozef.
Mais l'âge aidant, les difficultés financières, la méfiance à l'égard des autorités et la confidentialité du musée ont fait que le couple s'est petit à petit désintéressé de l'activité muséale. Fatigué sans doute, il veut vivre à l'écart et fuit la presse comme la peste. Mais, ce faisant, il condamne ce qu'il a patiemment et passionnément rassemblé autour de lui. Que vont devenir les pièces ? Ils parlent de vendre, évoquent quelque riche Américain ou cheik arabe... Aujourd'hui, ce patrimoine est menacé.
Bernard Ide, quant à lui, a découvert par hasard ce musée et en est tombé amoureux. Il vient d'entamer une croisade pour le sauver : Le monde des orgues est passionnant. Les premiers orgues (1) de rue ont été construits vers 1670 par des facteurs d'église qui n'avaient pas suffisamment de commandes ; 85 % d'entre eux étaient fabriqués en Belgique, à Anvers, Grammont et Bruxelles. Il semblerait que pas un seul orgue mécanique situé sur le territoire des Etats-Unis n'ait été fabriqué ailleurs qu'en Belgique ! Ce musée est unique en Belgique. Jusqu'il y a peu, il y en avait un autre à Coxyde, qui a déménagé à Bruges dans les années 1980... avant d'être racheté par un collectionneur japonais. La pièce la plus ancienne remonte à 1905. Une des plus belles pièces de la collection, un monumental orgue de café Mortier, constitue un des deux exemplaires qui subsistent encore dans le monde. Tout visiteur du musée vous dira que toutes les pièces lui paraissent extraordinaires.
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